L'activité d'importation pour la revente en l'état est sans doute l'une des plus surveillées et des plus régulées par les autorités algériennes.

Contrairement à l'importation de matières premières destinées à la production ou à l'équipement industriel, l'importation de produits finis destinés à être vendus tels quels sur le marché national est soumise à un cahier des charges drastique.

Cette rigueur vise deux objectifs majeurs : protéger la production nationale émergente et réguler la sortie de devises.

Définition et Cadre Légal

L'importation pour la revente en l'état est définie comme l'acquisition de marchandises auprès de l'étranger en vue de leur vente sur le territoire national sans aucune transformation majeure.

Cette activité est régie par le décret exécutif n° 05-458 et a subi de nombreuses modifications via les lois de finances successives, notamment la loi de finances 2021 et 2022 qui ont réorganisé les codes d'activités.

Pour exercer cette activité, une société doit être exclusivement dédiée à ce domaine.

On ne peut pas mélanger, sur le même extrait de registre de commerce, une activité de production, de service et d'importation pour la revente en l'état.

C'est le principe de l'homogénéité des activités économiques.

Le Certificat de Respect des Conditions

Le document clé qui différencie cette activité des autres est le Certificat de Respect des Conditions, délivré par la Direction du Commerce de Wilaya (DCW).

Ce certificat est valable pour une durée limitée (généralement deux ans) et est indispensable pour la domiciliation bancaire.

Pour l'obtenir, l'opérateur doit prouver qu'il dispose des infrastructures nécessaires pour stocker et distribuer ses produits dans de bonnes conditions.

Les exigences logistiques

L'administration exige que l'importateur possède ou loue (via un bail notarié d'une durée minimale, souvent un an) des entrepôts aménagés spécifiquement pour la nature des produits importés.

Un importateur de produits pharmaceutiques n'aura pas les mêmes contraintes qu'un importateur de matériaux de construction.

Une visite sur site est souvent effectuée par les agents de la répression des fraudes pour valider la conformité des locaux avant la délivrance du certificat.

La Spécialisation des Codes d'Activité

Finie l'époque des importateurs "généralistes" qui importaient de la banane le matin et du rond à béton le soir.

Le Centre National du Registre de Commerce (CNRC) a réorganisé la nomenclature.

Les activités d'importation sont regroupées dans le Groupe 40, mais elles sont désormais segmentées par familles de produits homogènes (ex : importation d'outillage, importation de cosmétiques, importation de pièces détachées).

Un importateur doit se spécialiser.

S'il veut toucher à plusieurs secteurs, il doit souvent créer plusieurs entités juridiques ou justifier d'une capacité logistique complexe.

Contraintes Financières et Bancaires

La règle du blocage (Le 120%)

C'est souvent le point le plus douloureux pour la trésorerie.

Lors de la domiciliation bancaire, la réglementation exige souvent que l'importateur pour la revente en l'état constitue une provision financière couvrant 120 % de la valeur de l'opération.

Ces fonds sont bloqués par la banque jusqu'à l'apurement du dossier.

Cela signifie que l'entreprise doit avoir une assise financière solide.

Le délai de paiement

La réglementation des changes impose souvent que le paiement du fournisseur étranger ne puisse se faire qu'après l'expédition des marchandises, et dans un délai strict (souvent 45 jours maximum après la date d'expédition pour éviter les sorties de capitaux déguisées).

Le paiement d'avances est strictement encadré et quasi impossible pour la revente en l'état sans garanties exceptionnelles.

Obligations post-importation : Garantie et SAV

L'importateur est responsable de ses produits devant le consommateur algérien.

La loi impose d'assurer le service après-vente (SAV) et la disponibilité des pièces de rechange pour les biens d'équipement et l'électroménager.

Lors du dédouanement, ou même lors de l'obtention du certificat de respect, l'importateur doit souvent fournir des contrats prouvant qu'il dispose d'ateliers de réparation ou qu'il a sous-traité cette activité à des professionnels agréés.

Le Passage par ALGEX

Dernier verrou de contrôle : l'Agence Nationale de Promotion du Commerce Extérieur (ALGEX).

Avant toute domiciliation, l'importateur doit vérifier si son produit n'est pas soumis à une restriction ou s'il n'existe pas une production locale suffisante.

La plateforme numérique d'ALGEX délivre un document de non-disponibilité ou une autorisation qui est devenue, de facto, une pièce maîtresse du dossier bancaire.

Conclusion

Se lancer dans l'importation pour la revente en l'état en Algérie est un parcours du combattant qui nécessite professionnalisme et transparence.

L'État algérien cherche à assainir ce secteur pour ne garder que les opérateurs économiques réels, disposant d'infrastructures, de personnel et d'une vision à long terme, au détriment des importateurs "du cabas" ou opportunistes.